Zoom est une petite maison d'édition fondée dans l'exaltation le 2 novembre 2001 par Claudine Furlano et moi-même. Son objectif était
simple: faire des livres pour le plaisir et pour faire plaisir.
La
joyeuse et naïve insouciance qui nous portait alors s'est naturellement
émoussée depuis face aux difficultés rencontrées lors
de l'élaboration, la production et la commercialisation de notre catalogue.
De notre point de vue, à l'époque, tout semblait facile. On associait un(e) auteur(e) et un(e) illustrateur(trice) à un projet de livre,
on concevait la maquette, on faisait imprimer et on confiait le produit fini aux
bons soins d'un diffuseur qui se chargeait de défendre et de promouvoir
notre création auprès de nos partenaires naturels, les libraires.
Finalement, le produit des ventes financerait le développement du catalogue. Quoi de plus simple?
En
réalité, le terrain se révéla autrement plus accidenté.
Le chemin emprunté par Zoom a connu des circonvolutions inattendues qui
frolèrent parfois le précipice, ou la panne sèche. Malgré tout, et pour entretenir la métaphore, on a jusqu'à
présent toujours réussi à retrouver du carburant. C'est précisément
cet aspect du métier qui devient le plus insolite: les ressources insoupçonnées
que l'on peut déployer pour continuer d'exister. Cependant, nous avons
désormais à notre disposition un éventail détaillé
des embûches susceptibles de se rencontrer à chaque étape
de la production d'un livre. Ça ne nous a sans doute pas rendu plus prudents
mais beaucoup plus mesurés et circonspects dans nos attentes et nos ambitions.
Editer, c'est un peu comme entretenir une danseuse de Music Hall, ça coûte
cher, c'est très inconstant et ça ne rapporte rien. Mais le bénéfice
réside dans le plaisir intense qu'on peut ressentir quand on ouvre fébrilement
les caisses fraîchement livrées par l'imprimeur et qu'on découvre
le nouveau bébé exhalant encore les odeurs d'encre et de colle;
plaisir qui se perpétue quand on trouve son livre dans les rayonnages d'une
librairie; enfin, plaisir suprême, quand, parmi la multitude d'exposants
présents sur les salons du livre, un enfant se saisit d'un de nos bouquins
en disant à ses parents:"c'est çui-là
qu'j'veux!"
Rien
que pour ça, mais aussi pour d'autres petits bonheurs, notre volonté
ne s'est pas émoussée. Et même si éditer n'est vraiment
pas une sinécure, on espère pouvoir le faire encore le plus longtemps
possible et contribuer humblement à faire éclore de nouveaux
talents.
Nicolas
Lefrançois